





LA MACHINE
Ah mais la machine ! Quel enfer ! On met jamis pour jamais, sprot pour sport. On voudrait mettre pied (pied métrique) on met pet. Heureusement que cela fait éclater de rire.
L’important c’est d’avoir vaincu la machine.
Les musiciens répètent, les comédiens répètent. L'ouvrier à la chaine, le maçon, le scieur de long, le boulanger répètent. Les professeurs répètent. Moi aussi je répète. Des X, des /, des : et des = à n'en + finir. A la machine.Et c'est toujours moins pire que de Se répéter. La machine à écrire -Si vous savez écrire vous savez dessiner, disaient les publicités des années cinquante- aligne les signes, imprimant d'un léger relief le papier vergé. Loin d'obéir en silence, la machine aime à rappeler bruyamment sa présence à chaque instant, dans un brouhaha digne des pionniers de la musique industrielle. Le ruban va et vient, subissant la pression des touches avec irrégularité. Tantôt d'une humeur noire, tantôt rouge de colère ou de honte, il sait que ses jours sont comptés.
Mise à l'index, obsolète, comme la caméra super 8 ou l'appareil Polaroid, la machine a progressivement été abandonnée par les écrivains, les journalistes et les policiers. Les plus chanceuses finiront dans un musée spécialisé, les autres prendront la poussière dans un grenier ou un magasin de seconde main. Qu'importe, puisqu'elle gagne en poésie ce qu'elle perd en fonctionnalité. C'est que la machine ne tolère pas l'erreur. Pas de gomme ni de Control-Z, il faut alors ralentir le rythme, surveiller les parenthèses qui s'alignent pour former le toit d'une maison, équilibrer les nuances de gris formées par la superpositions des X et des %. Au départ un peu revêche, la machine s'adoucit petit à petit. Des formes apparaissent : maisons, hangars, entrepôts, kiosques, chapiteaux et baraques foraines. Elle se retrouve bien dans ces constructions utilitaires, industrielles et vernaculaires, toutes un peu datées. Les façades en planches goudronnées, béton brut ou ardoises en fibrociment lui rappellent sa carrosserie en métal vert-de-gris. Elle reconnaît parfois les paysages plus ou moins éloignés desquels les architectures ont été extraites, comme découpées aux ciseaux dans une page de catalogue : Marseille, Sète, Arles, les Hautes-Vosges, Metz, et même Budapest et Esztergom en Hongrie.
Ainsi, la machine voyage sans risque et sans encombre. Elle aurait pu finir recouverte de farine ou jetée par la fenêtre d'une Buick roulant à vive allure, comme sa cousine. (2)Modeste, elle sait bien qu'elle ne connaîtra pas la chance d'Olympia, personnage principal d'un livre. Elle sait bien qu'elle n'est encore qu'une (Hermès) Baby et que la gloire a ses limites. N'a-t-elle pas entendu l'histoire de ce pauvre Adler qui, à force de fréquenter un acteur célèbre, finit par répéter sans cesse la même phrase «All work and no play makes Jack a dull boy».
Arno Célerier et Yan Haurogné ouvrent leur appartement à Charlotte Dunker, Monsieur Pimpant, Brice Dumas, Francesco Defourny et Benoît Guillaume. Après quelques jours de résidence informelle à Marseille, les cinq dessinateurs présenteront une sélection de dessins et films d'animation. L'exposition aura lieu les 16 et 17 avril 2011, le vernissage commence à partir de 18 heures le vendredi 15 avril (41 rue Jean de Bernardy à Marseille dans le premier arrondissement).
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